Montréal 2. Soleil, désillusion, café.
A l’angle de la rue Sainte Catherine et Saint Denis, je regarde la ville grouiller de touristes, d’étudiants et de riverains qui viennent boire un café de l’après-midi au Second Cup où je me suis échoué.
La radio diffuse un vieux Stevie Wonder sucré alors qu’une scène, en extérieur, un coin de rue plus loin, commence la balance pour le concert du soir. Vingt huit degrés, fin juillet, grand soleil.
Les québécois vous dirons que l’été est la plus belle période de l’année au Québec. Je les crois sans difficulté. Il y règne ici une atmosphère de détente estivale particulière qui rend tout le monde très souriant et plus sereins qu’habituellement. Ils ne sont pas inquiets par nature les québécois, ils prennent la vie comme elle vient, avec simplicité.
Je crois aussi qu’ils sont plus libres, moins contraints dans leurs relations que nous autres français qui vivons souvent trop les choses par systèmes de catégories.
Voilà comment marche le monde, d’un pas différent selon les endroits.
J’ai mis en pause mes recherches d’emploi pour le moment. Après un mois entier, sept jours semaine, je suis épuisé de faire des recherches qui n’aboutissent pas. Ici, paradoxe américain peut-être, le marché de l’emploi se porte bien pour tous les métiers manuels ou techniques mais les gens comme moi, qui ont une expérience universitaire et professionnelle élevée, trouvent difficilement du travail. Les niveaux d’études français sont déclassés ici, mais surtout, toutes les professions sont régies par des Ordres qui réglementent très strictement les licences professionnelles.
Ma situation est donc pour l’instant bloquée. Trop qualifié pour un petit boulot alimentaire, trop étranger pour prétendre à des fonctions à responsabilités.
Aussi, je suis allé à l’Ordre. Entendez bien ça : le Canada est régi par l’ordre et la sécurité. Je sonne à l’interphone en bas de l’immeuble. Un répondeur m’indique les heures d’ouverture. 14h30, c’est donc ouvert. Je sonne à nouveau. Le même répondeur me donne les heures d’ouvertures. J’attends pour pouvoir parler à la standardiste qui prendra sans doute la communication interphonique. Rien. Surpris, je pense à un bug quelconque. Je sonne à nouveau. Le répondeur me donne les heures d’ouverture.
Interloqué, je n’insiste pas et m’engage dans l’édifice à la suite d’une personne qui a les clés. Arrivé devant les bureaux à porte vitrée, je vois la réceptionniste à l’accueil. Elle me voit. Il n’y a pas de sonnette ni d’interphone. D’ailleurs, je préfère bien mieux m’en passé, je lui fait signe. Elle parait surprise mais elle m’ouvre.
J’entre donc dans ces bureaux froids ; la clim tourne à plein régime. Elle me demande si j’ai rendez-vous. Je lui dit que non, je dois apporter un dossier d’équivalence de diplômes à Geneviève Desjardins, la personne que j’ai eu au téléphone pour ça avant de partir de France.
– Elle est occupée me dit-elle, lui avez vous téléphoné pour un rendez vous ?
– Je n’ai pas pris rendez-vous, non. Elle ne m’a pas précisé ça. Est ce que je peux parlé à quelqu’un, un de ses collègues ?
La réceptionniste a eu l’air terriblement dérouté, et assez agacé aussi.
– Je vais voir ce que je peux faire me dit-elle en partant dans un couloir.
Quelques minutes après, un homme d’une quarantaine d’année m’interpelle pour me dire qu’il faut que j’appelle d’abord la chargé des équivalences.
– C’est la procédure, insiste-t-il. Mais vous devriez vous renseigner au service de l’immigration pour faire évaluer votre scolarité avant de vous lancer dans cette démarche d’équivalence d’autant plus que aurez sûrement des modules universitaires à repasser en plus de votre dossier.
– J’ai dix ans d’expérience, lui dis-je.
D’un oeil vide il me répond d’appeler Mme Desjardins.
La colère me prend à la gorge mais il est déjà parti par un couloir.
Le Québec est protectionniste malgré ce que peut laisser entendre son ambassade.
Je pensais que faire du bénévolat serait plus facile et me permettrait de montrer mes compétences et de créer un réseau mais, même pour ça, il y a des sessions de recrutement très serrés. Pour tout dire, je ne m’attendais pas du tout à avoir autant de difficultés à trouver un petit boulot pour financer mes voyages.
Je comprends aujourd’hui ce que vivent les immigrants. En partant avec les diplômes dans leur valises ils ne s’attendent pas à devoir faire le ménage ou la sécurité dans les grands magasins. Non, en tant que migrant on ne s’attend pas à être autant sous exploité. Mais, peut-être devrais-je parlé d’exploitation pur et simple. La Canada a besoin de migrants, mais contrairement à la France des années 30 ou des années 60, il est clair que les migrants ne sont pas sensés rester. Il peuvent rester cependant et appartiendront à une communauté de minorité visible. Les français sont-ils une minorité visible au Québec ? J’oserais dire oui. Étonnant revirement de la part de nos cousins d’Amérique.
Je pensais que l’Amérique était le lieu de toutes les polyvalences, de tous les possibles. Je me trompais. Le Canada, en tout cas, entretient une organisation du travail particulièrement spécialisée où tous les corps de métiers font l’objet d’une précision très cadrée. Le culot ne fonctionne pas ici, on ne peut dire prenez moi à l’essai pendant deux heures ou une demi journée, on vous répond : « remplissez le formulaire d’application (candidature), avec un CV et si on a besoin de vous, on vous rappellera. » Il y a la même chose sur internet. Je n’aurais pas imaginé le temps qu’on peut passer à appliquer pour des emplois sur internet, que ce soit pour Starbucks où pour le Centre Jeunesse de Montréal (équivalent aux services sociaux et à l’ASE).
Voilà pourquoi aujourd’hui, échoué au Second Cup, je m’emploie, un café accompagné d’un muffin au bleuet, à gérer ma désillusion, conséquence inéluctable du passage du rêve à la réalité.
Votre future maison modulaire.
Partie de la mode du recyclage des containers en habitations bon marché, la tendance de l’architecture actuelle se tourne vers les modules préfabriqués au design et à la conception avant-gardiste.

susi-night
— La construction de quartiers entiers de containers recyclés est en pleine expansion de l’Europe au reste du monde. Initialement utilisés pour les résidences universitaires, à Amsterdam, à Londres et plus récemment à Lyon, ces quartiers comblent le besoin en logements d’une façon très rentable. Les containers sont recyclés et réhabilités avec un coût de production beaucoup plus bas qu’une construction classique : environ 1.000E/m2 TTC pour une habitation particulière, soit 80000 euros pour 80 m2, aménagée en électroménager basse consommation.
Ces constructions ont l’avantage d’être solides et durables, d’utiliser un produit recyclable, de permettre des fondations minimales en béton, de sauvegarder les arbres (utilise 75% moins de bois) et minimise les déchets de chantier.
Mais la particularité du container reste avant tout sa modularité. C’est ce que beaucoup de jeunes entreprises développent en présentant des modèles de maisons à partir de containers assemblés. Le client peut définir l’ensemble de l’agencement, de l’emplacement des modules à l’aménagement intérieur jusqu’à finir la construction lui même (pour les auto-constructeurs qui s’y connaissent ,bien sûr).
Ainsi, à partir d’une boite en métal, on vous livre une maison contemporaine au style racé.
— Cette tendance se s’arrête pas là puisqu’elle a motivé les architectes et les constructeurs à concevoir des habitations compactes, en modules préfabriquées et déplaçables. Su-Si et Fred, deux types de modules habitables des architectes Oskar Leo et Johannes Kaufmann, peuvent devenir votre prochaine extension d’habitation, votre bureau, ou un petit espace privée au fond de votre jardin. Ils sont livrés en cinq semaines et installés en deux à cinq heures selon les modèles. Su-Si est un modèle de 2 modules totalement équipés , encastrables pour le transport. Fred, plus petit fait une très bonne annexe à une maison qui devient trop petite, un bureau extérieur ou encore un bungalow dans une forêt.

Fred mobile-house
Parti du concept d’habiter sur le toit d’un immeuble et bénéficier d’une vue magnifique sur la ville, l’architecte allemand Werner Aisslinger travaille sur le concept d’un loft préfabriqué à installer par les airs, via une grue. Loftcube, facilement transportable et donc nomade, peut s’installer aussi bien sur le toit d’un immeuble que sur un terrain de campagne ou une forêt.
De son côté, l’entreprise Algeco, devenue leader de la construction modulaire a réalisé des installations pour les collectivités territoriales et les entreprises, telles qu’un centre administratif à Saint-Nazaire, un lycée à Versailles, un hôtel pour Nouvelles Frontières en Grèce, un gymnase ainsi qu’une crèche en Espagne. Parti de son expérience des baraques de chantiers, Algeco a développé un système de construction rapide à installer et adaptable aux besoin des clients tout en respectant les normes environnementales. En effet, le besoin d’habitations modulaires n’est pas incompatible avec le respect de l’écologie et des limitations de l’impact carbon. Algeco, en chef de file, mène une politique d’éco-responsabilité en limitant les déchets de construction et en suivant les directives de Kyoto. De fait, ce genre de construction en cubes d’environ vingt mètres carrés n’est pas moins cher que les constructions classiques mais, en plus de constituer un habitat respectueux du développement durable, il est surtout plus adaptable aux aléas des besoins actuels.

LoftCube
— Ainsi, la rapidité d’installation et la modularité séduisent les acheteurs (ou loueurs) qui ont pris acte que notre société avance de plus en plus vite vers un nomadisme professionnel. Les cadres autant que les entreprises elle-même se déplacent au gré des missions dans une vision globale des échanges commerciaux, intellectuels et humains.
Les bureaux peuvent non seulement suivre les chargés de mission mais aussi adapter leur configuration en fonction des conjonctures et devenir ainsi de vraies habitations à géométrie variable, familières aux trentenaires qui ont grandi avec une ou plusieurs boîtes de Légo. Le modulaire devient modulable.
Ces techniques d’habitations modulaire pourraient être, exploitées dans un autre domaine, une très bonne solution pour passer de l’urgence dans les problématiques des sans-abris nationaux et internationaux à des solutions plus pérennes dans des contextes budgétaires assez limités. Mais, est ce vraiment le moment d’agiter des idées d’habitations nomades en France ?
Sources :
http://www.fabprefab.com/
http://www.habiter-autrement.org/08.minimaliste/04_min.htm
zerocabin.com / containercity.com / lot-ek.com / http://www.container.li
Montréal 1, premier contact en terre inconnue.
Mai 2010.
C’est en partant découvrir une autre culture qu’on découvre la fragilité et le délicat équilibre de l’humanité.
Frappé par les attitudes de mes nouveaux concitoyens québécois, les nuances infimes mais notables de leurs expressions submergeant mon esprit de contre-sens et de paradoxes que je tente sans cesse d’apprivoiser, je mesure à quel point l’Homme est un être social.
Troublé, je cherche du même, du connu, du familier.
Ici a Montréal tout est plus grand : les rues, les immeubles, les boissons ; les voitures et les camions me paraissent démesurées.
Ici à Montréal, le monde est fait de lignes droites et de carrés ; le canadien aime les géométries à angles droit. Héritage anglais, les lotissements sont rectilignes, les maisons collées les unes sur les autres, un jardin arrière donnant sur une ruelle. Et, je ne l’ai pas vu tout de suite, elles n’ont pas de toit. Du moins, leurs toits sont plats, pour la majorité des constructions plus récentes. Quelques rares habitations victoriennes paraissent, par opposition, très « triangulaires ».
Ici à Montréal, je me sens hors de moi. les magazines me montrent des visages que je ne connais pas, ma maison n’a pas mon odeur, ma nourriture n’a pas de goût, ça n’est pas mes meubles mais, surtout, ma famille et mes amis me manquent.
En exil, malgré ce projet de voyage et d’écriture, mon chez moi est froid et lourd d’une moiteur qui m’engourdit. Voyageur aux voiles fatiguées, je sens, je crains qu’à la dérive mon rêve ne s’éloigne.
Je ne vais pas lâcher prise mais, vraiment, la vie demande du courage et de l’obstination pour réussir à se renouveler et apprécier tous les petits moments de grâce qu’elle nous apporte.
64. vous raccrochez.
Oui, VOUS vous êtes bien débrouillé et vous sentez que vous êtes capable de faire mieux à l’avenir avec un peu d’entrainement et plus de persévérance.
Pourtant quelque chose vous amène à penser que ceci n’est plus votre chemin désormais. Vous préférez retourner dans votre petit confort d’Alphaniya où sur une autre planète tranquille où vous pourrez vous adonner à votre passe temps favori : la glandouille.
Peut-être aurez-vous malgré tout le temps de vous occuper de cette chose que vous sentez collée à votre nuque.